Histoire de la Réunion : L’esclave FURCY, quelle affaire !

 

 

         Marie

Histoire de la Réunion : L’esclave

Furcy, quelle affaire !

En épousant Ludo, nous savions qu’un jour où l’autre nous passerions la mer pour rejoindre « son pays », la Réunion…. Après 7 ans de vie commune, nous quittions donc l’Ile de France pour l’Ile de la Réunion….

A notre arrivée, et au-delà de ce que Ludo m’en avait dit, j’avais soif de connaître l’histoire de ce pays magnifique et métissé où se croisent « Kafres », « Malbars », « Zarabs », « Zoreys », Chinois…..

 

Prix Renaudot ESSAI, 2010

 

Quelques semaines après notre arrivée, je tombe, dans une librairie, sur ce livre de Mohammed AÏSSAOUI*, L’affaire de l’esclave Furcy.

Ceint du bandeau « Prix Renaudot ESSAI » 2010, et court (214 pages, eh oui je l’avoue !!!),  je fus intriguée par la 4è de couverture et décidais donc de l’acheter.

C’est ainsi qu’avec curiosité, je me plongeais dans ces pages, à la découverte de cette affaire dont je n’avais jamais entendu parler mais qui répondait à cette attente d’en apprendre plus sur l’Histoire de cette Île.

Histoire de la Réunion : Affaire Furcy – PRIX RENAUDOT ESSAI, 2010

Histoire de la Réunion : Une réelle enquête et des clés de lectures

 

Véritable enquête menée par son auteur, je fus happée par cette recherche de la vérité sur un homme qui, en 1817 – soit 31 ans de l’abolitions de l’esclavage – a osé défier le Gouvernement français en revendiquant sa liberté.

Histoire économique de la Réunion

On y voit se dessiner les liens entre le Gouvernement de la France de l’époque, les colons de l’Île, leurs esclaves, et les enjeux économiques qui menaient la danse et justifiaient bien des crimes.

Comme le dit si justement M.AÏSSAOUI, « qu’aurais-je fait à leur place ? Sans doute rien de mieux, ou de pire. » (p212)

On y croise des notables de l’Île Bourbon de cette époque : Desbassyns de Richemont et Joseph Lory, ou encore, Boucher, Sully-Brunet, Desaponay….

Des deux premiers, AÏSSAOUI dira : « je n’ai pas à  [les] calomnier, ils étaient ancrés dans leur temps, et défendaient leurs intérêts. »

Famille Desbassayns de Richemont

 

Quant aux autres : «  tous ces hommes ont, eux aussi, agi pour les autres, ils l’ont fait souvent au détriment d’eux-mêmes, de leur famille, de leur carrière… ». Il dit d’eux et de tous ceux qui ont permis que cette affaire aboutisse  qu’ils sont des « Justes » : « sans eux, Furcy serait encore dans les souterrains de l’Histoire, enfermé dans le silence ».

Et ce silence, cet essai le brise et donne enfin une voix à Furcy, que sa condition d’esclave a privé de nom.

En « imaginant » sa vie, en la romançant un peu, Mohammed AÏSSAOUI rend à l’esclave Furcy un corps, des sentiments, une mémoire, une intelligence, mais aussi une famille qui s’inscrit tant bien que mal dans une histoire – ce qui manque cruellement aux descendants d’esclaves – et en fait bien plus qu’une « affaire ».

En enquêteur assidu, l’auteur nous emmène dans cette Île Bourbon de Saint-Denis au Champ-Borne de Saint-André en passant par  Paris et Port-Louis à Maurice. Il évoque la Rivière-des-Pluies, Cimandef, Cilaos, des noms bien familiers aux Réunionnais d’aujourd’hui… un passé à la fois si loin et si proche…

Grâce aux archives dont certains extraits sont retranscrits dans le livre, et aux recherches de M.AÏSSAOUI, nous suivons les sursauts et la complexité de cette « affaire » qui a duré vingt-six ans…

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : Pour tout homme?

 

« Les hommes ne naissent pas libres. Ils le deviennent. C’est ce que m’a appris Furcy ». (p.206). Moi, ce que m’a appris cette passionnante quête de la vérité sur l’histoire d’un homme, c’est que, ceux qu’on appelle « esclaves » comme une seule et unique masse sans nom, sont en fait une multitude d’hommes et de femmes à l’histoire unique que l’esclavagisme a tenté d’annihiler et de chosifier par intérêt économique.

J’ai appris qu’il me fallait aller plus loin que les images que m’ont laissé toutes ses histoires, ses films, ses livres sur l’esclavage comme celui pratiqué aux Etats-Unis et qu’il me fallait m’intéresser à l’Histoire de mon pays, que l’on a vite fait d’oublier dans nos manuels scolaires (de mon époque en tout cas !) ou de minimiser.

 

Que connais-je de l’Histoire de nos « Outre-Mer » ? et y’a-t-il UNE Histoire de l’Outre-Mer ou des histoires comme il existe DES Outre-Mer ?…

Merci Monsieur AÏSSAOUI

Ce livre a été à la hauteur de mes attentes : il m’a ouvert un horizon que je ne soupçonnais pas, aussi complexe soit-il !

Merci, donc, Monsieur AÏSSAOUI ! Merci pour votre honnêteté et votre courage !

 

« Je crois que c’est le silence que je voulais dénoncer, cette absence de textes et de témoignages directs sur tout un pan d’une histoire récente de la Réunion. Cette absence de recherches, d’archéologie. Seuls quelques universitaires ont tenté de briser le silence [] Et pourtant, de Furcy, j’ai aimé ses silences. Ces silences qui ont été sa force, et sa chaîne. »

 

Extrait choisi de « L’affaire de l’esclave Furcy », Mohammed AÏSSAOUI, Folio, p. 108

 

« C’est la détermination calme de Furcy qui m’a impressionné.

Je crois qu’il a puisé sa force auprès de ceux qui l’ont soutenu. Il a voulu être à la hauteur de cette confiance. Je crois avoir compris ce qui fait avancer le monde, c’est l’altérité. Tous ces hommes qui ont agi pour d’autres. Ce peut être un fil conducteur de l’Histoire.

Pour tenir, Furcy pensait souvent aux lieux où il aimait particulièrement se retrouver. Il aimait la patience des arbres fruitiers, la fragilité des fleurs, et la musique des rivières. Il aimait regarder les cascades ; c’était là, juste à quatre ou cinq mètres face aux cascades, qu’il oubliait tout. L’eau tombait à toute vitesse, le vent amenait des gouttes jusqu’à son visage, il appréciait ces caresses de pluie, il goûtait à l’image merveilleuse de la nature. Parfois, il y plongeait son corps, et toujours il était étonné par la puissance de l’eau, et sa fraicheur. C’était là, dans ces moments-là, que Furcy oubliait son malheur, et ses chaînes. Il se disait heureux. Il connaissait sa région par cœur, là où les cascades se révèlent caressantes, l’endroit où l’on peut plonger sans danger, les sources d’eau potable, les eaux chaudes. Il connaissait toute l’île pour y être né, chaque recoin, les moindres raccourcis ; et puis l’île Bourbon n’abritait aucun animal dangereux, mis à part l’homme. Néanmoins, il ne pouvait s’empêcher de penser au pays de sa mère. Y avait-il des rivières et des cascades ? Les mêmes fruits qu’ici ? Et la nuit offrait-elle ce ciel coloré d’orange et de bleu avant la pluie d’étoiles ? »

 

L’affaire de l’esclave Furcy, Mohammed AÏSSAOUI, Folio, p. 108

 

* Mohammed AÏSSAOUI est un écrivain et journaliste français né à Alger en 1964. Il est journaliste au Figaro Littéraire.

 

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